N'en croyez rien. Car pour certains crimes - je parle du crime en tant que catégorie d'infractions - elle perdure, indirecte et vicieuse.
Officieusement certes. Une "peine de mort" ancrée dans l'inconscient collectif, qui ne porte pas son nom, et qui pourtant existe. Une ultime sanction, légitimée par l'inaction de la société, communauté toute bien pensante et outrée devant ces crimes atroces et ignobles... les crimes sexuels pour sûr!
Si certains feignaient encore de l'ignorer, l'écho des derniers suicides dans les prisons ne permet plus aux autruches de s'enterrer la tête.
Maître Mo, brillant avocat pénaliste lillois, blogueur, vous livre sans ambages la réalité de l'inhumanité carcérale infligée aux "pointeurs".
Plantons les décors pour que le néophyte du droit comprenne un peu mieux de quoi il s’agit. Précisions de lecture utiles pour comprendre correctement le billet de Maître Mo.
Les infractions sont classées en trois catégories, selon leur gravité croissante : contraventions, délits et crimes. (Je vous renvoi à un prochain billet sur la base du droit pénal général).
Concernant les infractions les plus graves – les crimes – une distinction est faite selon qu’elles portent atteinte à une personne, l’état ou les biens.
La peine maximale pour un crime est la réclusion criminelle à perpétuité assortie de la peine de sûreté[1] maximum de 22 ans.
Les infractions visées sont redoutables et peu nombreuses (une dizaine au plus). On les devine : certains actes de terrorisme, le crime contre l’humanité, l’assassinat … ou certains crimes de part la violence, la qualité de la victime ou le mode opératoire ayant permis leur réalisation (bande organisée, ayant entraîné la mort, femme enceinte, mineurs de quinze ans, actes de torture ou de barbarie …).
Ainsi le meurtre « simple » est puni de 30 ans de réclusion criminelle. Le meurtre sans préméditation sur femme enceinte est puni de la réclusion criminelle a perpétuité[2].
Passés ces propos liminaires, attachons-nous aux crimes sexuels. Ce sont probablement les crimes les plus abjects pour les mœurs actuelles, viol par pénétration d'organe sexuel en tête (Et oui! Malheureusement on viol parfois de bien d'autres manière qu'avec un pénis).
Encore plus lorsqu’ils sont commis sur mineurs de quinze ans. Et plus la victime est jeune, plus le dégoût est accentué. Et si jamais on touche à un bébé ou un enfant de moins de 10 ans, on est proche du lynchage collectif sur place publique.
Le viol est devenu le crime des crimes.
Pourquoi ?
Il y a bien sur l’horreur de l’acte. C’est indiscutable. Mais je pense que le rôle des médias y est aussi pour quelque chose. Quelle est votre première pensée une fois entendu le mot « viol » ?
Joue également la dimension presque sacrée que la modernité a donné au sexe en réponse à la vague pornographique contemporaine, à la virginité plus particulièrement.
Et puis parce que nos sociétés ont perdu le sens commun pour ce qui est de la violence et de la mort. Il fallait donc, à tout prix trouver l’acte révulsant à souhait : on a fait du viol un tabou.
Enfin, et pas des moindres, l’incompréhension de tels agissements qui engendre la peur viscérale qui tenaille tout parent face à cette menace.
Oserais-je dire, presque par provocation, qu’il faut aussi tenir compte de la pulsion interdite. Celle ressentie mais que l’on réprime immédiatement. Celle du désir inavouable et honteux devant l’innocence et la beauté de la jeunesse.
Châtions le plus durement possible ceux qui ont osé les réaliser leur perversions, pour se dédouaner encore plus de notre culpabilité à peut-être un jour l’avoir ressenti. « Qu’ils payent… ces chiens ! »
Les conséquences sont inévitables:
Cela ne laisse aucune place à l’explication, à l’information, aux réalités. Peu importe que le législateur, maître de la hiérarchie dans les gravité des peines, ne réprime le viol « que de » 15 ans de réclusion.
(« Seulement ?! » s’écria la mère de famille qui s’imagina immédiatement sa fille violée par un gras camionneur soulard crade et puant de 50 ans !)
Réponse: Voui M’dame, 20 ans si votre fille est mineure - de moins de 15 ans - ou qu’elle a subit cette exaction par plusieurs individus regroupés. 30 ans s’il a entraîné la mort de la victime.
La réclusion criminelle a perpétuité n’est encourue que si le viol est précédé, accompagné ou suivi d’acte de torture et de barbarie.
Autant dire que cette dernière qualification ne se croise pas souvent en cour d’Assises.
C’est sûrement de là que naît tout le problème : Une infraction « dont on ne doit pas prononcer le nom », une projection émotionnelle immédiate opérée par le citoyen lambda, et une peine encourue qui paraît bien faible à considérer l’ignominie barbaresque de l’agression.
On considère dès lors que la peine prononcée à l’égard du violeur est insuffisante. Que cet acte inhumain mérite plus que ces 20 ans d'incarcération (au plus!).
Si la justice est incapable de réprimer, la vindicte du peuple s’en chargera ! Voilà !
Ici commence la lente descente aux enfers du « pointeur » ;
Un enfer connu, au moins par les administrations et la justice. Nul ne l’ignore. Tout le monde se tait.
Loin l’idée de la maladie. Impossible d’envisager l’auteur comme un homme torturé, souvent fragile, impuissant et honteux comme jamais vous ne pourrez l’être.
Ne vous fiez pas aux médias. Ils sont rares les violeurs d’enfants. Encore plus rare les pédophiles assassins et sans remords. Quant à ceux qui violent pour le plaisir de faire mal, de nuire, ils sont vraiment exceptionnels.
La majorité des violeurs ? Ils ont cette honte immense de ne pas avoir su et pas pu réprimer ces pulsions qui les torturaient. Ils se sentent impuissants, ils sont déchirés. Il n’y a pas plus vulnérable que ces hommes là.
Une pathologie que le viol ? Oui, dans toutes ses formes.
Cela n’excuse en rien l’acte. Ça ne l’excusera jamais.
Mais ces actes ravageurs sont le fait d’hommes. Les déshumaniser en partie ou en totalité, laisser perdurer ces traitements, c’est forcément se mettre à leur niveau.
Comment s’en justifier alors qu’il y a d’autres moyens ?
La justice pénale ne sanctionne que l'acte, pas l'homme. Elle protège la société, ne se livre pas à une vindicte de bas étage.
Le but ultime, c'est encore la réinsertion de l'agent criminel, sa "guérison". Le permet-on ainsi?
Non, puisqu'il y parfois récidive.
Le coté dissuasif du traitement infligé lors de la réclusion n'est pas assez fort. On ne peut faire plus pourtant.
Il va bien un jour falloir en prendre conscience et enfin en parler.
Rappelons que cet avocat lillois ne présente que la phase pénitentiaire de la déchéance du pointeur.
Si jamais ce dernier résiste, la société prendra le relais. Avec somme toute peut-être moins d’atteinte à l’intégrité physique (et encore[3]).
Si notre pointeur n’est pas soumis à une peine de mort « physique », celle-ci est à coup sur et d’abord morale et sociale.
Bonne lecture, n’oubliez pas les commentaires sous le billet de Maître Mo. Ils sont au moins aussi instructif de par les réponses données par l’auteur.
[1] Période de sûreté : durée durant laquelle la peine devient incompressible. Sont donc impossible les aménagements de peines (réduction de peines, sursis …)
[2] NB : rappelons que ce sont les peines encourues, le maximum envisagé par la loi. Rien à voir avec la peine qui sera prononcée. De nos jours on tient compte des circonstances, fort heureusement !
[3] Et encore ? : oui, car comment savoir ? Le pointeur en liberté une fois la peine purgée est un homme détruit, déconnecté du sens commun et des réalités. Ira-t-il se plaindre en cas de violence physique ou morale directe ? Ira-t-il faire valoir ses droits devant des policiers qui bien souvent jugeront qu’il n’a que ce qu’il mérite ? On peut en douter.
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